Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/195

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promptament l’esprit des hommes, par les innovations qu’elles engendrent, on a vu les mulâtres et les nègres, anciens et nouveaux libres, acquérir une expérience dans les affaires, un jugement sûr pour les mener à leurs fins, qui étonnèrent les blancs eux-mêmes. Borgella fut un de ces hommes qui se distinguèrent sous ce rapport : il était doué d’un bon sens qui vaut autant que l’esprit développé que donne une instruction supérieure.

Par les entraves que le régime colonial mettait au développement de l’intelligence des mulâtres et des nègres, le complément obligé de leur éducation était de savoir un métier quelconque. Cette nécessité était dans la logique des faits. Du moment que les affranchis ne devaient point prétendre à l’exercice des droits politiques et aux emplois, aux charges qui en dérivent ; du moment que certaines professions même leur étaient interdites, il était convenable qu’ils se livrassent à l’exercice des arts et métiers par lesquels l’homme libre parvient, dans la société, à la richesse, à la propriété, partant à l’indépendance personnelle. Le travail, d’ailleurs, honore toujours celui qui occupe ses bras pour gagner honnêtement son existence ; il moralise les peuples, il accélère leur civilisation, il devient une sorte de sanction des lois divines et humaines, qui ont pour but la conservation et le progrès incessant des sociétés. Un pays où le travail ne serait pas honoré par les classes les plus intelligentes, est condamné à périr dans l’anarchie. Chacun se doit à lui-même de rechercher ce qui est plus dans ses aptitudes, pour concourir à la prospérité générale, par la sienne propre. Ce n’est donc pas sous ce rapport qu’il faut condamner le régime colonial ; mais, parce qu’en même temps il s’opposait à l’établissement d’institutions