Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/306

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de son fouet ! Il ne craignit pas d’exciter la vengeance dans le cœur de celui qui pouvait le frapper de mort à l’instant même, ou faire retomber sur la tête des prisonniers blancs, objet de la sollicitude des commissaires civils, le poids de sa colère.

Jean François, indigné, se retirait déjà de la conférence, lorsque le commissaire Saint-Léger s’avança, seul et sans armes, auprès de lui et de sa troupe. Cet acte de confiance, et les paroles obligeantes que Saint-Léger lui adressa, le firent revenir auprès des commissaires civils ; et alors, dans l’effusion de son excessif respect pour les représentans de la France et de son roi, ce chef s’abaissa jusqu’à s’agenouiller devant eux, en renouvelant de vive voix les demandes formulées dans les adresses précitées. Les commissaires l’exhortèrent à donner des gages de sa bonne foi, en renvoyant les prisonniers blancs. Jean François y consentit, et en échange il demanda une grâce particulière : ce fut qu’on lui rendît sa femme qui avait été condamnée à mort par la commission prévôtale du Cap, et qu’on n’avait pas exécutée, dans la crainte de l’exaspérer. Les commissaires civils promirent, mais cette grâce dépendait de l’assemblée coloniale[1].

Dès le lendemain de cette entrevue, Jean François renvoya les prisonniers blancs au Cap, mais sa femme noire ne lui fut pas rendue !… Les prisonniers étaient accompagnés par une escorte de cent cinquante dragons, presque tous mulâtres ou nègres libres : Toussaint Louverture était de cette escorte. Ceux qui la composaient durent faire preuve d’énergie pour garantir les prison-

  1. Dans son Rapport du 26 mai 1792, à l’assemblée nationale, Mirbeck n’en dit pas un mot, de même qu’il n’a point parlé de l’action impertinente de Bullet ; mais ces faits sont constatés dans Garran.