Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/71

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souffrir que des blancs se dégradent eux-mêmes, en épousant légitimement des négresses ou des filles de sang-mêlé[1]

» Non-seulement il ne doit point être permis aux négresses, mulâtresses et quarteronnes de se marier à des blancs, il est nécessaire qu’a l’avenir, tous les nègres, griffes et marabous restent dans l’esclavage…

» Si la liberté est pour un esclave la plus grande récompense que l’on puisse imaginer, il faut convenir qu’il est peu d’actions dignes de cette récompense ; il ne faut donc pas multiplier les affranchissemens, donner la liberté à un nègre pour avoir bien fait la cuisine ou frotté les meubles pendant dix ou vingt ans ; c’est un abus…

» Les seuls nègres affranchis doivent être ceux qui, dans des occasions urgentes, auront donné de grands exemples de respect et d’attachement pour les blancs ; celui qui, par exemple, aurait sauvé, dans un péril évident, la vie d’un homme blanc, aux risques de la sienne, serait digne de la liberté. Le prix d’un tel esclave serait remboursé à son maître sur les deniers publics ; il lui serait permis de se marier légitimement à une mulâtresse(d)[2] (non pas à une négresse, remarquez-le : on en verra le motif bientôt), et on lui assignerait une gratification capable de le faire subsister dans l’état

  1. Ce vœu a été entendu sous le gouvernement de Louis XVI : en 1778, deux ans après la publication du livre de l’auteur, une ordonnance fut rendue à cet effet. Et à l’assemblée coloniale de Saint-Marc, en 1790, Thomas Millet fît la motion de contraindre tous les blancs qui épouseraient une femme de couleur, à prendre un nom africain, comme les mulâtres y avaient été contraints par l’ordonnance de MM. Vallière et de Monlarcher.
  2. (d) « En faisant considérer la permission de se marier légitimement comme une récompense, ce lien, trop profané de, nos jours, le mariage, deviendrait plus respectable ; il deviendrait l’objet des désirs de presque tous les jeunes amans ; mais il sera dans l’avilissement, tant que l’on ne joindra pas les ressorts politiques aux commandemens religieux. »