Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/435

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dans cette première entrevue. Si, avant d’avoir vu T. Louverture, les jeunes officiers de l’état-major du général Hédouville avaient tenu des propos indécens sur ce noir, qui était d’un âge avancé, on conçoit bien qu’à son départ du Cap, ils durent continuer à parler de lui dans des termes fort peu mesurés. L’esprit ne manque pas aux Français, et il y a longtemps qu’on a reproché à cette nation aimable d’y joindre la légèreté qui semble en être inséparable : Pamphile de Lacroix lui-même a constaté la légèreté de ces officiers. À cette époque du règne du Directoire exécutif, les mœurs étaient effectivement très-relâchées, à Paris surtout, et la plupart des jeunes gens s’y distinguaient par des vêtemens bizarres. Il était tout naturel que ceux venus avec l’agent imitassent au Cap ce qu’ils avaient vu dans la capitale de la France : de là les observations de T. Louverture sur leurs costumes. L’irréligion y dominait aussi, et la dévotion bigote du général en chef, qui s’en faisait un moyen politique, contrastant singulièrement avec ce triste état de choses, les jeunes officiers ne trouvaient rien de mieux qu’à en faire un sujet de plaisanteries, qu’à tourner ce général en ridicule. Pour un homme de son âge, sachant que ces choses se passaient chez l’agent même, ce ridicule jeté sur sa personne devait être une cruelle blessure : il n’est donc pas étonnant qu’il s’aigrît contre Hédouville qui les souffrait ; cet agent supporta tout le poids de son mécontentement.

Toutefois, nous devons le dire, ce mécontentement était concentré en lui ; car, dans leur correspondance officielle, jusque-là, rien ne le décèle : tout prouve au contraire une bonne entente entre eux pour parvenir à l’entière expulsion des Anglais, même pour ce qui avait rapport aux divers objets de l’administration publique.