Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/520

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les amnistier du crime de royalisme, pour les faire rentrer au giron de la France ? Quoi ! le Pacificateur de la Vendée, de cette Vendée royaliste qui avait fait tant de mal à la patrie ; cet homme politique qui avait fait cesser une guerre désastreuse dans le sein de la France, cet ancien comte, pouvait-il haïr les émigrés royalistes presque tous nobles ? Pouvait-il sincèrement voir avec peine l’accueil que leur faisait à Saint-Domingue, l’ancien médecin des armées du Roi, l’ancien général qui avait été uni avec eux pour soutenir la cause des Rois et des Bourbons ? Et ces émigrés reçus dans la colonie, les O’Gorman, les Bruges ; les Contade, les Bayon de Libertas, etc., n’étaient-ils pas tous des colons, des propriétaires à Saint-Domingue, en faveur desquels l’amnistie était proclamée ?

T. Louverture avait un autre tort aux yeux d’Hédouville : c’était de paraître disposé à accepter l’alliance de la Grande-Bretagne contre la France, à proclamer l’indépendance de la colonie ; car, relativement aux États-Unis, cette alliance ne pouvait consister pour eux qu’à jouir de l’avantage d’approvisionner cette colonie. Mais encore, peut-on penser qu’un homme aussi éclairé, croyait réellement à la possibilité de cette indépendance de la part de T. Louverture, au point d’y entraîner la population noire et de couleur ? Durant son séjour à Saint-Domingue, n’avait-il pas dû reconnaître le dévouement de cette population à la France, et sa haine pour les Anglais ? T. Louverture les avait-il moins combattus que Rigaud ? Hédouville ne pouvait soupçonner que les colons, capables de cette félonie, par les faits antérieurs ; mais du moment que le gouvernement français réagissait contre les anciens affranchis pour préparer la réaction contre les noirs, ces colons n’avaient plus de motifs pour désirer une sépara-