Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/11

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Dans une telle situation, il était donc de l’intérêt respectif bien entendu du Royaume et de la République d’Haïti, portés à une trêve nécessaire entre eux après cinq années de lutte, de consolider leur état intérieur par une administration sage et appropriée aux institutions qui les régissaient, par le respect du droit de leurs populations, afin de les y attacher et que si ces États venaient à être attaqués un jour par la France, ils pussent lui opposer, chacun de son côté, la plus vigoureuse résistance pour maintenir leur indépendance commune et la souveraineté de la nation.

Ces considérations étant posées, on verra dans ce volume ce que firent le Président et le Roi d’Haïti. Commençons par Christophe.


À son retour à Saint-Marc avec son armée, dans la seconde quinzaine de juin, il tint un conseil privé où il réunit ceux de ses officiers et de ses fonctionnaires sur les sentimens desquels il pouvait compter le plus, pour le projet de vengeance qu’il nourrissait dans son cœur haineux, par rapport à la défection de ses navires de guerre et de ses troupes. Il leur exposa que ces deux faits ayant eu pour auteurs deux mulâtres, il fallait exterminer tous les hommes de cette classe, à l’exception de ceux qu’il se réservait de conserver, parce qu’il était déjà assuré de leur fidélité[1].

Renchérissant sur ce projet atroce, le nommé Bazin, intendant des finances dans l’Artibonite, fut le premier, dit-on, qui lui conseilla d’y comprendre les femmes et

  1. Le fait est, que Christophe avait, un extrême besoin de bien des mulâtres pour la rédaction de ses actes, pour son administration intérieure, pour augmenter le lustre de sa royauté, pour en faire parade, enfin, aux yeux des étrangers, commerçans ou visiteurs dans son royaume.