Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/16

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n’aurait toujours été de sa part qu’une tyrannie exécrable, exerçant ses fureurs sur des innocens, et non pas une guerre de caste. Et ne fit-il pas mourir injustement plus de noirs que de mulâtres ? Ce sont des faits attestés par les témoins oculaires. Comment les interpréter alors, sinon comme nous le faisons nous-même ?

En histoire, il faut appeler les choses par leur nom, afin de pouvoir qualifier les actions comme louables, honteuses ou criminelles, selon qu’elles le méritent, et de ne pas fausser le jugement du lecteur. Il ne faut pas représenter sous l’aspect de la guerre, ce qui ne fut que des férocités de la part d’un monstre, d’un tigre à face d’homme, se vautrant dans le sang de ses innocentes victimes[1].

Il est digne aussi de l’histoire, de faire remarquer que Christophe prit cette résolution barbare à Saint-Marc où, en 1790, en apprenant la résistance de quelques hommes de couleur du Fond-Parisien aux blancs de ce canton, des colons de l’assemblée générale manifestèrent le désir d’un massacre sur toute la classe intermédiaire ; et que ce fut dans cette même ville qu’éclata, en 1820, la première résistance à son odieuse tyrannie pour aboutir, en moins d’un mois, à son suicide et à la Réunion de l’Artibonite et du Nord sous les lois de la République. Ne semble-t-il pas que la Providence voulut que cet acte énergique prît naissance dans le lieu même où ce cruel avait abusé davantage de l’autorité qu’il exerçait ? On a compté plus de 800 victimes dans cette seule ville !

  1. « Il n’y a pas de plus grand malheur pour un pays, que les idées fausses répandues dans les masses. C’est souvent la source des plus grandes calamités publiques ; c’est au moins une des causes qui arrêtent le plus tout essor et tout progrès. »
    Le comte Siméon, sénateur français.