Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/444

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ment d’une République semblable à celle du Sud. Une nouvelle plus extraordinaire se répandit : on assura que le roi Henry Ier était mort dans les premiers jours de ce mois, et que sa famille cachait cet événement dans le but d’éviter une révolution qui aurait pu écarter du trône le prince royal Victor Henry… [1] »

Bientôt nous citerons un document émané de quelques généraux du Nord, qui confirme en effet, que le projet du renversement de Christophe existait avant les événemens survenus à Saint-Marc ; et pour que la nouvelle en parvînt en Europe dans le mois de juillet, il faut que cette conspiration ait été conçue, au plus tard, immédiatement après le départ de Sir Home Popham, qui était encore au Cap à la fin de mai.

Toutefois, il était difficile de la mettre à exécution, parce que le despotisme, la tyrannie avilissent tellement les âmes, les rendent si pusillanimes, que la crainte les retient dans la torpeur de la soumission, jusqu’à ce qu’une circonstance imprévue vienne les enhardir. Le danger réel qu’il y a d’être trahi par ceux qui ont le même intérêt à se défaire d’un tyran, et auxquels on est forcé de communiquer sa pensée pour avoir leur concours, est encore une cause qui s’oppose longtemps à sa chute. Mais cette circonstance désirable arriva enfin : ce fut la Providence qui la produisit en frappant Christophe d’apoplexie. Du moment que cette maladie lui avait laissé sa compagne ordinaire, — la paralysie, — qui l’empêchait d’agir physiquement, la conspiration devenait plus facile à exécuter. Cependant, les conjurés en étaient encore à leurs

  1. Histoire de l’île d’Haïti par Placide Justin, d’après les docurnens de Sir J. Barskett. En 1823, Charles-Malo avait publié aussi, à Paris, une Histoire d’Haïti où se trouvent les mêmes assertions, dans une note de la page 363 de ce volume.