Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/80

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Si Christophe ne voulut pas envoyer un Haïtien en Europe pour faire connaître ses dispositions pacifiques, c’est qu’il avait en Angleterre ce Français qui était un agent à sa solde depuis 1807. On voit par la lettre de Prévost, qu’il était loin de prendre une attitude hostile envers la France et les Bourbons ; qu’il chargeait Peltier de proposer le rétablissement des relations commerciales entre la France et Haïti, d’abord, puis de préparer une négociation où il était disposé à écouter des propositions justes et raisonnables, pour parvenir à la reconnaissance de l’indépendance.

Ainsi, les deux chefs d’Haïti pensaient de même ; car, dire de traiter de cette reconnaissance avec le gouvernement français sur des bases équitables, ou bien, dire qu’on est disposé à écouter des propositions justes et raisonnables, c’est tout un. Christophe, de même que Pétion, ne pouvaient s’imaginer que ce gouvernement oublierait les intérêts des colons de Saint-Domingue, dans les stipulations d’un traité entre la France et Haïti. Il n’eut pas la pensée de Pétion, qu’il adopta par la suite, de réclamer la médiation de la Grande-Bretagne, parce qu’il croyait sans doute que Peltier eût été assez influent pour faire réussir une négociation[1].

    10 pour cent de la valeur des biens des colons. Peltier reçut l’autorisation de les faire, par un acte distinct de la lettre de Prévost, destinée à être publiée. Si la France avait admis cette base, Christophe eût nommé quelqu’un pour le traité. — J’ai eu connaissance de ce fait par des documens que j’ai vus.

  1. Huit jours avant que Christophe lit écrire à Peltier par Prévost, le 2 juin, Isaac Louverture et son frère Placide adressèrent une lettre à Louis XVIII, pour réclamer de son gouvernement de faire payer à la famille de Toussaint Louverture, la modique pension qui lui était allouée et dont le payement était suspendu depuis quatre mois. Cette lettre est de la main d’Isaac. Il rappelait au Roi, que son père avait fait fleurir une des colonies de la France, et il terminait cette lettre par ces paroles :

    « L’Amérique et l’Europe ont donné des louanges à sa noble conduite envers tous vos sujets ; et si une fatale catastrophe n’avait point interrompu le cours de ses travaux, il