Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/348

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de cette injuste prévention, aurait d’ailleurs motivé sa détermination ; car aucun chef ne poussa aussi loin la crainte qu’on le crût influencé ; c’était une faiblesse de son caractère. Il fit donc répondre à M. de Mackau, qu’il le recevrait dans la soirée même du 5 juillet, peu d’heures après la rupture des conférences.

Dès que Boyer eut reçu la copie de l’ordonnance, il put reconnaître la faute politique, très-grave, qu’il avait commise l’année précédente, en donnant pour instructions à MM. Larose et Rouanez, d’en réclamer une de la part du Roi de France, préalablement à un traité de paix et de commerce, pour consacrer l’indépendance d’Haïti. Il avait bien dit dans quels termes il désirait qu’elle fût rédigée, afin de donner toute sécurité à son pays, de légitimer les droits de ses concitoyens, de satisfaire leur dignité et leur honneur national ; mais, du moment que cet acte devait être l’expression de la volonté du souverain de la France, exerçant l’autorité royale dans sa plénitude, il s’était mis lui-même à sa merci ; de là, la rédaction ambiguë de’l’ordonnance du 17 avril et ses diverses clauses, ses exigences, telles qu’il convenait à un Roi, convaincu de son droit divin, de la rendre pour résoudre la question existante entre la France et Haïti.

Il faut remarquer néanmoins, que la forme de cet acte était déjà arrêtée dans la pensée même de Louis XVIII, dès 1814 et 1816. Ce monarque avait octroyé la Charte à la France, et prétendait avoir régné depuis la mort de son neveu dans les prisons de Paris ; le gouvernement de la Restauration avait méconnu tous les actes révolutionnaires de son pays, ancienne métropole de la colonie de Saint-Domingue. À raison de telles idées, pouvait-il se croire obligé de consacrer l’indépendance d’Haïti, selon que Boyer le de-