Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/44

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des ministres un mémoire où, se rattachant à l’offre d’indemnité que Pétion avait faite en 1814 et 1816, il engageait son gouvernement « à reconnaître l’indépendance d’Haïti, » moyennant cette indemnité pour les colons, et non pas « à concéder l’indépendance de Saint-Domingue : » ce qui prouve que la forme malencontreuse, adoptée en 1825, était déjà une idée fixe de la part de la Restauration. Son mémoire contenait les vues élevées de l’homme d’État qui appréciait sainement les choses. Il y parlait du commerce fructueux que la France faisait avec la République et qui allait prendre de l’accroissement par la réunion du Nord ; et subissant l’effet de l’opinion générale, qui évaluait d’une manière fabuleuse les sommes laissées par Christophe dans ses trésors, il les portait à 250 millions de francs, tandis qu’effectivement la République n’en avait recueilli qu’environ 8 à 10 millions. Hors cette erreur involontaire de sa part, son mémoire était digne de sa haute réputation.

En même temps, les chambres de commerce des divers ports de France, d’où s’expédiaient des navires à Haïti depuis cinq ans, adressèrent des pétitions au duc de Richelieu, président du conseil, pour solliciter du gouvernement qu’il prît définitivement des arrangemens avec Haïti. Elles exposaient la nécessité de ces arrangemens, afin d’éviter au commerce français la désagréable obligation d’emprunter des pavillons étrangers pour pouvoir pénétrer dans un pays où il était accueilli, où les Français jouissaient de la protection d’un gouvernement établi, organisé, policé, qui montrait le plus grand respect pour le droit des gens ; dont les habitans, enfin, recevaient avec plaisir les produits de la France, en donnant en échange leurs propres produits nécessaires à sa consommation. Ces