Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 2.djvu/120

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LYSISTRATA.

Ô lubricité commune à tout mon sexe ! Il n’est pas étonnant qu’on fasse sur nous des tragédies. Nous ne sommes que flots de Poséidôn et barques où l’on monte. Mais toi, ma chère Lakédæmonienne, si tu restes seule avec moi, nous pouvons encore sauver l’affaire ; décidons ensemble.


LAMPITO.

C’est chose difficile, par les Gémeaux ! de dormir seules, sans l’autre sexe. Il le faut pourtant : car la paix avant tout.


LYSISTRATA.

Ô la plus chérie et la seule vraiment femme !


KALONIKÈ.

Mais réellement, en nous abstenant de ce que tu dis, et fasse le Ciel que cela ne soit pas, est-ce que ce moyen assurerait mieux la paix ?


LYSISTRATA.

Certainement, par les deux Déesses ! Si nous nous tenions chez nous bien fardées, si nous nous présentions nues, sauf une tunique de fin lin, épilées tout ras, il y aurait tension chez nos maris et désir de nous embrasser ; et si alors nous ne voulions pas, si nous pratiquions l’abstinence, ils se hâteraient d’entrer en arrangement, j’en suis certaine.


LAMPITO.

Oui, c’est ainsi que Ménélaos, voyant la gorge nue d’Hélénè, jeta, je crois, son épée.