Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 2.djvu/128

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LE CHŒUR DES VIEILLARDS.

Avance, Drakès ; conduis-nous d’un bon pas, quoique tu souffres de l’épaule à porter ce fardeau de bois d’olivier vert. Il arrive bien des choses imprévues dans une longue vie, pheu ! On n’eût jamais pensé, ô Strymodoros, qu’on apprendrait que les femmes, nourries par nous, peste réelle du foyer, s’empareraient de la statue sainte, prendraient mon Akropolis, et, à l’aide de barricades et de leviers, fermeraient les Propylæa. Mais, le plus vite possible, courons vers la ville, ô Philourgos : enveloppons de ces souches toutes celles qui ont tramé ce complot et l’ont mis à exécution ; formons-en un seul bûcher, brûlons-les de nos propres mains et d’une résolution unanime, et d’abord la femme de Lykôn.

Non, j’en jure par Dèmètèr ! moi vivant, nous ne servirons pas à leurs éclats de rire. Kléoménès, qui s’empara le premier de l’Akropolis, ne s’en tira pas sain et sauf : malgré sa fierté lakonienne, il n’échappa qu’en me livrant ses armes ; ayant une casaque tout à fait chétive, crasseuse, sordide, ni épilé, ni lavé, depuis six ans. Voilà l’homme que j’ai pris d’assaut, de vive force, avec mes dix-sept rangs de boucliers, et dormant devant les portes. Et ces femmes, ennemies d’Euripidès et de tous les dieux, je ne pourrais point, par ma présence, réprimer leur audace ? Alors, qu’il n’y ait plus de trophée pour moi dans la Tétrapolis !

Mais voici devant moi le reste du chemin qui mène à la ville, la pente où j’ai hâte d’arriver : il faut aviser à traîner notre bois sans âne bâté ; ces fagots me meurtrissent l’épaule. Cependant, marchons et soufflons le