Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 2.djvu/129

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feu, de peur que, à mon insu, il ne s’éteigne au terme de la route. Ô Phu ! ô Phu ! Iou ! Iou ! quelle fumée !

Quel fléau, souverain Hèraklès, s’exhalant de ce réchaud, me mord les yeux comme un chien enragé ! C’est le feu de Lemnos dans toute sa force ; sans cela, il ne ferait pas une si cruelle morsure à ma chassie. Cours vite à la ville et secours la Déesse. Aujourd’hui plus que jamais, ô Lakhès, venons-lui en aide. Phu ! Phu ! Iou ! Iou ! quelle fumée !

Ce feu veille, et vit, grâce aux dieux. Si nous commencions par déposer nos fagots et que nous fissions tomber un sarment de vigne dans le réchaud, est-ce que nous ne l’agencerions pas de manière à le lancer comme un bélier contre les portes ? Si, à notre ordre, les femmes n’enlèvent pas les barricades, il faut mettre le feu aux portes et les étouffer dans la fumée. Déposons donc notre fardeau. Pheu ! quelle fumée ! Babæax ! Quel est celui des stratèges de Samos qui va nous aider à décharger notre bois ? Enfin, voilà mon épine dorsale débarrassée de ce qui m’écrasait. C’est ton affaire, ô réchaud, d’enflammer vivement le charbon. Qu’on m’apporte au plus vite une lampe allumée ! Souveraine Victoire, aide-nous, en réprimant l’impudence actuelle des femmes de la ville, à ériger un trophée !


LE CHŒUR DES FEMMES.

Il me semble, femmes, voir des flammes et de la fumée : on dirait un feu qui brûle ; il faut se hâter au plus vite. Vole, vole, Nikodikè, avant que Kalykè et Kritylla périssent dans les flammes, victimes de lois funestes et de vieillards maudits. C’est ce que je crains. Arriverai-je trop tard à leur secours ? Ce matin, dès l’aube, j’ai eu grand’peine à rem-