Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/1123

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des biens ; mais il ne sait pas du tout si ce sont des biens réels pour lui, ni dans quel moment ces biens lui conviennent, ni dans quelles dispositions morales il doit être pour que ces biens lui soient profitables. Ce discernement n’appartient qu’à la prudence ; et la prudence n’accompagne pas l’homme injuste. Les biens qu’il convoite et qu’il acquiert par son crime sont des biens absolus, si l’on veut ; mais ce ne sont pas des biens pour lui. La richesse et la puissance sont absolument parlant des biens ; mais ce ne sont pas des biens pour cet homme en particulier, puisque la richesse et le pouvoir dont il sera comblé, ne lui serviront qu’à faire beaucoup de mal à lui et à ses amis, et qu’il ne saura jamais employer comme il le faut la puissance qui tombera dans ses mains.

§ 5. Une autre question qu’on peut encore se poser, et qui est assez embarrassante, c’est de savoir si l’injustice est ou n’est pas possible contre le méchant. Voici comment. Si l’injustice est un tort qu’on fait à autrui, et si ce tort consiste dans la privation des biens qu’on enlève, il ne paraît pas qu’on puisse faire tort au méchant, puisque les biens qui lui semblent être des biens pour lui, n’en sont véritablement pas. Le pouvoir et la richesse ne peuvent que nuire au méchant, qui ne saura jamais en faire un convenable usage. Si donc cette possession est un