Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/129

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PREFACE. CMX

raie ne le lui donne. Je demande ce que sérail la législation dans les États si la morale ne l'inspirait pas; ce que serait le gouvernement sans la justice, et ce que deviennent les sociélés sans les mœurs. La science vraiment architectonique, antérieure parce qu'elle est individuelle, supérieure parce qu'elle donne la loi et ne la reçoit pas, c'est la morale. Ea politique, il faut en convenir, ne lui obéit qu'à grand'peine. Dans la pratique si difficile de l'admi- nistration sociale , les gouvernements s'inquiètent assez peu d'elle, et ils la violent parfois audacieuse- nient, si ce n'est toujours avec impunité. Mais c'est là une infériorité de la politique loin d'être son avantage. Elle ne brave pas, d'ordinaire, la morale par perversité ; mais elle l'ignore ; et ce sont les peuples qui paient ses aveuglements et ses vices. A un autre point de vue, si l'État peut beaucoup pour le bonheur de l'individu, étant assez puissant pour disposer de lui à son gré, il ne peut pas grand'cliose pour sa vertu. Les Athéniens ont beau condamner Socratc à mort ; ils ne peuvent ni vaincre ni cor- rompre sa conscience ; et si la liberté lui était rendue, il n'en userait que pour continuer sa mission philosophique. Mais on conçoit aisément que, dès qu'on fait une si grande part au bonheur, il faut en

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