Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/13

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Mais la science morale, malgré cet arrêt sévère d’un de ses maîtres les plus vénérés, est-elle donc si vaine et si stérile ? Doit-elle abdiquer, parce qu’elle ne règne point sur le genre humain ? Le philosophe, parce qu’il n’est pas législateur d’une nation entière, doit-il renoncer à se comprendre lui-même ? Parce qu’il ne peut pas instruire les peuples, doit-il s’abstenir d’étudier sa propre nature ? En supposant que les autres hommes restent aveugles et méchants, doit-il demeurer comme eux dans les ténèbres et le vice ? Parce qu’ils obéissent à des instincts grossiers, quoique d’ailleurs assez sûrs, doit-il renoncer pour sa part à la réflexion ? Non, sans doute ; et fùt-il le seul à tirer avantage de ses labeurs, ce serait encore son devoir de s’y livrer et de les poursuivre. Non pas qu’il lui soit interdit de songer au bien de ses semblables, et que, en travaillant, il ne puisse nourrir le noble espoir de les éclairer en même temps qu’il s’éclaire. Mais ce n’est pas là son principal objet. Il ne doit avoir en vue que la vérité ; et j’entends la vérité absolue, c’est-à-dire, sans égard aux conséquences, quelles qu’elles soient, qui peuvent en sortir, fût-ce même le salut de l’humanité. C’est une question assez grande par elle seule de savoir ce qu’est l’homme et sa loi morale ici-bas ; il n’est pas besoin