Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/1317

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§ 20. Après ces généralités sur les diverses espèces de dangers que l’on peut craindre, il sera bon d’entrer dans quelques détails encore plus précis. On appelle d’ordinaire choses à craindre, toutes celles qui produisent la crainte en nous; et ce sont toutes les choses qui paraissent devoir nous causer une douleur capable de nous détruire. Quand on s’attend à une douleur d’un genre différent, on peut bien éprouver une autre émotion et une tout autre souffrance : mais ce n’est plus de la crainte ; et, par exemple, quelqu’un peut beaucoup souffrir en pres- sentant qu’il endurera bientôt la peine que fait éprouver l’envie, ou la jalousie, ou la honte. § 21. Mais la crainte, proprement dite, ne se produit que par rapport à ces douleurs, qui nous semblent, par leur nature, capables de détruire notre vie. Voilà ce qui explique comment des gens fort mous d’ailleurs, montrent dans certains cas beaucoup de courage; et comment d’autres, qui sont aussi fermes que patients, montrent parfois une singulière lâcheté. § 22. Aussi, le caractère propre du courage paraît-il éclater à peu près exclusivement dans la façon dont on regarde la mort, et

§ 20. Il sera bon d’entrer... Ceci est un retour peu utile à la discussion du commencement de ce chapitre, qui semblait épuisée ; mais cette répétition a pour but de préparer la définition du vrai courage.

§ 21. Capables de détruire notre vie. Ou du moins, d’y porter une certaine atteinte. — Voilà ce qui explique. Il ne semble pas que l’explication soit aussi claire que l'auteur parait le croire. Il veut dire sans doute que, quand la vie est menacée, ou voit les gens changer tout à fait de caractère, ou acquérir un courage qu’ils n’ont pas naturellement, ou perdre celui qui leur est habituel.

§ 22. A peu près exclusivement. Appréciation très-juste du vrai courage. Ce mépris de la mort est la source secrète où s’inspire le courage dans les occasions les plus ordinaires de la vie, sans d’ailleurs