Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/201

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PUEFACE. cxriii

osl l'union intime de l'amour avec le respect. Platon et Aristote n'ont jamais aussi bien dit. Mais Kant place si haut cet idéal de l'amitié, qu'il la croit à peine possible dans la réalité; et il raille les écrivains romains, qui, se rappelant les exemples d'Oreste et de Pylade, de Thésée et de Pirilliotis, en ont fait, dit-il, « leur cheval de bataille. » Je ne relèverais pas ce scepticisme par trop misanlhropique, si Kant ne l'appuyait sur une prétendue maxime d' Aristote : « Mes chers amis, il n'y a point d'amis. » 11 faut bien savoir qu' Aristote n'a jamais avancé une hérésie pareille ; et deux livres de la Morale à Nicomaque, les plus beaux peut-être, sont là pour démentir le propos peu charitable qu'on lui prête. Ce qu' Aristote a dit, c'est que, quand on a beaucoup, d'amis on ne ])ossède pas un seul ami véritable ^. 11 a suffi d'une faute d'orthographe dans le texte grec pour induire Kant en erreur ; et c'est un accent (esprit) mal mis qui lui a fait commettre celle méprise. La philologie pourrait aisément la lui pardonner. Mais la morale ne saurait avoir la même indulgence ; et Kant, se croyant fort de l'autorité d' Aristote, que d'ordinaire il ne respecte point autant, essaie par diverses obser-

��(1) Aristote, Morale à Eudèmc, livre VII, cii. 12, $ 18.

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