Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/248

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cci.x PRÉFACE.

La tradiiclion est excellente ; mais elle est un peu vague. L'essentiel eût été de nous indiquer préci- sément les moyens pratiques de braver les épreuves et les séductions de la vie. Pour moi, je n'en connais guère qu'un seul qui soit efficace. C'est de se créer le moins de besoins qu'on peut. Plus la vie se civi- lise^ plus les besoins de l'individu se compliquent et se multiplient; et plus aussi l'âme se disperse et s'affaiblit, dans une foule de petits attachements qui l'enlacent et l'amoindrissent. On a soutenu parfois, non sans apparence de vérité^ que chez les modernes la magnanimité était plus rare que chez les anciens. J^' histoire de la Grèce et de Rome offre en effet bien plus de grands caractères que celle de nos temps. Qu'on ne cherche pas d'autre explication à ce phé- nomène que la simplicité relative de la vie des an- ciens. Les âmes n'avaient point alors les énervements de toute sorte dont les nôtres sont séduites et dimi- nuées; elles avaient moins d'entraves; et celles à qui le devoir se faisait entendre, étaient à la fois plus nom- breuses et plus dociles. On peut sortir de la mollesse pour se jeter dans le crime ; ce sont deux excès qui, tout différents qu'ils sont, ne s'excluent pas. Mais on ne passe point par la volupté pour arriver à la vertu. Moins on a do besoins, plus on est libre ; et plus aussi

�� �