Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/249

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PRÉFACÉE. , r.r.xi.c

on accroissant son indépendance avec sa dignité per- sonnelle, on peut être utile aux autres. Précisément, parce qu'on leur demande peu, on est prêt à leur donner beaucoup, pour peu que le cœur soit gé- néreux ; et quand le devoir est appliqué dans toute son étendue, on sait de reste qu'on doit toujours à la société infiniment plus qu'on ne peut jamais lui rendre. Mais il ne faut pas faire à la civilisation l'injure de croire qu'elle abaisse nécessairement les âmes. Au- trement, elle serait à réprouver au nom de la morale éternelle; et les paradoxes des misanthropes, comme Rousseau, seraient par trop justifiés. La vertu étant le bien suprême de l'iiomme, tous les progrès de son industrie et de ses sciences seraient aussi méprisables que funestes, s'ils étaient incompatibles avec elle. Mais, grâce à Dieu, il n'en est rien ; et l'exemple seul de Kant, à la fin du siècle dernier, suffirait pour montrer comment on peut comprendre le devoir au milieu des raffinements de la civilisation la plus avancée. Seulement, des pièges plus séduisants et plus divers appellent plus de vigilance; et les âmes qui veulent se garder pures, ont plus à faire aujourd'hui. 11 est vrai aussi qu'elles en savent plus long; et que quand elles sont bien faites, les dangers qu'elles cou- rent leur communiquent des forces nouvelles, loin de

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