Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/581

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seule qui semble lui faire plaisir; de même, ce n’est pas parce qu’il voit ou qu’il rencontre « un cerf ou quelque » chèvre sauvage » , qu’il est si joyeux; c’est parce qu’il va dévorer sa proie.

§ 8. La tempérance, on le voit donc, et l’intempérance s’appliquent à ces plaisirs qui sont communs aussi aux autres animaux ; et voilà comment on dit que les passions de l’intempérance sont indignes de l’homme, et qu’elles sont brutales. § 9. Les sens auxquels ces plaisirs répondent, sont le toucher, et le goût ; et même le goût ne paraît y jouer qu’un rôle fort limité, ou tout à fait nul. Il ne peut servir qu’à juger des saveurs. C’est bien ce que font ceux qui dégustent les vins, ou qui goûtent les mets en les apprêtant ; mais ils ne prennent pas plaisir à cette dégustation, ou du moins, ce n’est pas en elle que les intempérants trouvent le leur; c’est dans la jouissance même, qui ne se produit jamais que par le toucher dans les plaisirs du manger et du boire, comme dans ceux qu’on appelle les plaisirs de Vénus. § 10. Aussi, un gourmand célèbre, Philoxène d’Erix, souhaitait-il que son gosier devint plus

instinct qui les mène. — Un cerf ou quelque chèvre sauvage. Ce sont les expressions même dont se sert Ho- mère, Iliade, chant III, vers 23, en peignant la joie d’un lion qui va pouvoir assouvir sa faim.

§ 8. Qui sont communs aussi aux autres animaux. C’est-à-dire les plaisirs du corps, sans que d’ailleurs on puisse attribuer aux animaux la tempérance ou l’intempérance.

§ 9. Un rôle fort limite ou tout à fait nul. Cette observation semble inexacte, et l’intempérance dans une foule de cas ne s’applique qu’au sens du goût. Mais Aristote réduit les plaisirs du goût à ceux du toucher, parce que les aliments touchent directement le palais. Cette assimilation me paraît très-contestable, et je crois qu’il eût mieux valu conserver la distinction ordinaire.

§ 10. Philoxène d’Erix. Beaucoup de manuscrits omettent le nom propre ; dans la Morale à Eudème, livre III, ch. 2, on cite également ce