Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/762

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2A0 MORALE A NICOMAQUE.

rance, qui nous assure la domination de nous mêmes, est le contraire de l'intempérance, qui nous l'ôte. Mais quant à la qualité qui est le contraire de la grossièreté brutale, le seul nom qui lui convienne, c'est de l'appeler une vertu surhumaine, héroïque et divine; et c'est là certaine- ment la pensée d'Homère, lorsque, dans son poème, il représente Priam louant la vertu accomplie d'Hector et disant de lui :

« Il semblait plutôt être

» Le fils de quelque Dieu que le fils d'un mortel. »

Si donc il est vrai , comme on le dit , que les hommes s'élèvent au rang des Dieux par une prodigieuse vertu, ce serait évidemment une disposition morale de ce genre qu'on pourrait regarder comme l'opposé de la grossièreté brutale dont nous venons de parler. C'est qu'en effet le vice et la vertu n'appartiennent pas plus à la brute qu'ils n'appartiennent à Dieu ; et si cette disposition héroïque est au-dessus de la vertu ordinaire, la grossièreté brutale est encore quelque chose de très-différent du vice lui- même. § 2. Sans doute, il est rare de trouver dans la vie un homme divin, pour prendre l'expression favorite des Spartiates, qui disent ordinairement en parlant de quel- qu'un qu'ils admirent beaucoup : <( C'est un homme divin; » mais l'homme brutal et complètement farouche

��J'ai dû paraphraser le mot grec. — Homère, Iliade, chant 24, v. 259.

Qui nous laisse la domination — A la brute d Dieu. Voir une

Même remarque. — Une vertu sur- pensée lout à fait analogue dans lu

humaine. Il paraît que c'est beau- Politique, livre I, ch. 1, § 12, p. 9,

coup dire, si l'on ne regarde qu'au de ma traduction, 2» édition,

défaut dont cette vertu est l'opposé. § 2. L'expression favorite des

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