Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/83

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PRÉFACE. I.XVIII

où elle p/élait pas en lui tout ce qu'elle devlnl plus tard, quand il refusait l'offre de Cri ton, ou qu'il taisait devant ses juges cette fière harangue qui lui coûta la vie. I.a vertu peut donc s'apprendre; elle peut donc s'enseigner. L'homme qui possède ce trésor doit dans sa gratitude remercier Dieu de lui avoir permis d'en jouir. ]\lais ce serait être injuste envers soi-même que de ne pas se l'imputer. 11 est bon d'être modeste, comme Socrate l'a toujours été. Mais la modestie n'empêche pas la justice; et par la même cause qui lait que l'homme s'attribue la taule, il peut aussi sans orgueil s'attribuer la vertu.

Si j'ai tant insisté sur ce point, c'est que cette tache est la seule que je puisse signaler dans tout le système moral de Platon. Mais chose assez singu- lière! cette insuffisance en théorie se borne au principe lui-même, et ne s'étend à aucune des consé- quences pratiques qu'elle risquait de compromet tre. Platon a l'air de douter de la liberté, puisqu'il pré- tend que le vice est involontaire. Mais le vice n'a jamais eu d'adversaire plus implacable ; et quand il s'agit de le guérir, jamais main plus ferme n'a tenté d'appliquer le remède. Parfois même, il se laisse aller, dans le grand et solennel traité des Lois, à une sévérité qui peut sembler dépasser les bornes. 11

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