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SIR WILFRID LAURIER

Le souvenir de cette crise se perdit peu à peu parmi d’autres préoccupations, qu’il était du reste facile à un nouveau ministère de faire surgir, dans un pays où le même parti politique était, avec un intermède de cinq années (1873-1878), resté au pouvoir pendant vingt-neuf ans. Mais le coup était porté. Les attentats aux droits des minorités — ou plutôt de la minorité, car c’est toujours la même, et tantôt c’est dans sa langue qu’elle est atteinte, et tantôt dans sa foi, — se sont multipliés depuis, et chaque fois le principe de la souveraineté des provinces posé par M. Laurier a suffi à couvrir la spoliation. Le Manitoba lui-même a définitivement retiré aux catholiques le peu de droits qu’il leur avait rendus en 1896 pour permettre à M. Laurier de se justifier auprès de ses co-religionnaires et compatriotes.

On a dit que le ministère conservateur ou libéral-conservateur de 1895 n’avait pas l’autorité morale nécessaire pour faire respecter son intervention ; que cette intervention, à laquelle il n’entendait pas donner suite, avait surtout pour but de mettre dans ses intérêts les chefs de l’Église et de lui assurer un renouvellement de mandat qu’une série d’abominables abus administratifs lui interdisait d’espérer ; enfin, que M. Laurier pouvait et, effectivement, devait obtenir par la persuasion un règlement plus satisfaisant. Tout cela est possible. Mais il n’en reste pas moins que l’hérésie constitutionnelle que l’on invoque aujourd’hui dans toutes les provinces anglaises l’une après l’autre pour proscrire l’enseignement du français (car, au fond, c’est toujours la destruction du français que l’on poursuit), que cette hérésie, dis-je, fut proférée d’abord par un Canadien-Français. À diverses reprises avant sa chute, notamment lors de la création des provinces d’Alberta et de Saskatchewan en 1905, M. Laurier tenta de se ressaisir ; chaque