Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/124

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
128
PENSÉE FRANÇAISE

Vouloir s’exprime exactement comme les industriels et les boutiquiers de la rue S.-Denis. Est-ce le boutiquier qui a pris modèle sur ses journaux, ou les journaux qui ont emprunté son langage au boutiquier ? La question, au fond, n’a guère d’importance : tout ce que nous voulons prouver, c’est qu’à part un almanach par année le commerçant, l’homme du peuple, n’ont pas de guide en matière de langue.

De nos quatre quotidiens, il m’en reste un à examiner. Pire que les autres en ce sens qu’il est plus volumineux, il est, en somme, rédigé exactement comme eux. « Serait-ce un crime ? » demande-t-il à propos de certain accident maritime, et sous ce titre nous lisons.

New-York, 15. — Le transport américain De-Kalb a été grandement endommagé hier soir, dans l’Hudson. Une enquête est faite. Le De-Kalb est l’ancien croiseur auxiliaire allemand Prinz-Eitel-Friedrich.

Si l’enquête « est faite », on aimerait à en connaître le résultat : qui sait si au lieu de « dommages » on n’aurait pas constaté des avaries ?

Ce journal nous apprend encore :

Bien que Me Charles Laurendeau soit d’opinion que les échevins ne peuvent voter le budget item par item, c’est-à-dire que ceux-ci n’auraient pas le droit de retrancher un item quelconque se rapportant aux cédules A.B.C. et D., les membres du conseil municipal jugent qu’ils peuvent très bien amender le budget en enlevant tel ou tel item des diverses cédules. Tous les montants votés seront numérotés, et les résolutions, soit pour adopter ou rejeter tel ou tel chiffre du budget seront votées séparément.

Toute la veulerie de notre langue se traduit dans ces quelques lignes. Il y a bien cinquante ans