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EXPLICATIONS INSUFFISANTES

De Leconte de Lisle, bibliothécaire, jusqu’à Claudel et Giraudoux diplomates, la moitié des grandes figures de la littérature française gagnent leur vie dans le fonctionnarisme, quelques-uns dans les plus modestes emplois de l’administration. S’il est permis de comparer les petites scènes aux grandes, tous les fonctionnaires fédéraux, provinciaux, municipaux et autres, au Canada, qui ont voulu faire de la littérature, en ont trouvé le temps.

Faudra-t-il donc toujours expliquer l’insignifiance de notre production littéraire — insignifiance que seules quelques pharaonesques momies s’obstinent à nier — par la jeunesse de notre peuple et le poids de ses soucis matériels ? Un peuple jeune n’est pas vieillot, du moins ne devrait pas l’être. Et quant à l’encouragement que reçoivent les lettres, et au loisir qu’on a de les cultiver, ils sont, à tout prendre, les mêmes au Canada qu’en France.

L’atmosphère, l’ambition, l’ardeur au travail, la richesse du vocabulaire, et certaine joie de l’esprit que peut seule donner la culture habituelle des idées : tout cela nous manque ; mais n’est-ce pas notre faute ? Si dans l’ordre intellectuel, comme autrefois nos ancêtres dans l’ordre physique, nous faisons nos délices du « gros lard », n’est-il pas fatal que nous soyons de temps en temps un peu scorbutiques, un peu endormis, ou un peu épais ? Décidément, nous ne cherchons pas toujours assez loin la cause du mal…


Le Canada, 29 septembre 1933.