Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/207

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POURQUOI NOUS ÉTIONS TROIS CENT MILLE



NOUS étions quelques journalistes, français et canadiens, réunis à la rédaction de l’Ordre, le lendemain de la fête nocturne des Jardins Lafontaine. Un confrère de France nous dit :

« — Les réceptions officielles, n’est-ce pas, sont toujours et partout les mêmes, particulièrement entre gens de même race. Celles dont nous sommes l’objet au Canada depuis notre arrivée à Gaspé ne nous étonnent donc pas, si ce n’est par leur ampleur, leur magnificence. Mais la foule d’hier soir, ces trois cent mille personnes accourues au-devant de nous spontanément — car on n’ « organise » pas une foule de trois cent mille personnes — cette foule ordonnée, mais délirante, accueillant par des vivats et des acclamations sans fin, jusque tard dans la nuit, les représentants officiels de la France, cela veut certainement dire quelque chose. Pouvez-vous m’expliquer cela ? »

Après un moment d’hésitation, nous répondîmes :

« — Notre peuple est une femme qui s’ennuie. Elle est, comme on dit, « loyale » envers l’Angleterre, fidèle à son devoir politique, mais il y a des