Page:Asselin - Pensée française, pages choisies, 1937.djvu/208

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


heures où elle se demande si elle est vraiment aimée. Avec cela que l’Anglais n’est pas un homme folichon même quand il veut être aimable. Des Anglais comme ce M. Fisher qui avec l’illustre amiral Keyes représente son pays, il n’y en a pas des masses. Nous nous sommes portés à votre rencontre par centaines de mille parce que vous avez la réputation d’être humains, galants et beaux parleurs, et qu’au fond nous ne vous avons jamais oubliés.

Notre interlocuteur réfléchit un instant, puis il ajoute, pensif :

« — C’est peut-être vrai. »

* * *

L’impression que notre compagnon d’existence, l’Anglais, ne nous aime pas, ne nous a jamais aimés, malgré tout le mal que nous nous donnons pour lui plaire, pour composer avec lui les difficultés qui surgissent quelquefois dans les meilleurs ménages, elle nous vient de mille circonstances que notre presse veule et vénale fait de son mieux pour atténuer, que nos politiciens, race vile s’il en est, nieront ou fausseront dans la mesure de leur intérêt, car aucun d’eux ne voudra admettre la vérité. Des mots comme ceux de Bennett quand il n’est pas à Gaspé : « Vous voulez donc la guerre ? » « Je ne permettrai pas à la minorité d’imposer sa volonté à la majorité », se gravent dans notre esprit pour n’en plus sortir. Comment ne pas l’éprouver, cette impression, quand aucun de nos concitoyens anglais, même le plus libéral, même le plus éclairé, — industriel, banquier, homme politique, universitaire, — n’oserait poser publiquement en principe que les droits particuliers du français s’étendent à toute la Confédération et non pas, comme la plupart de nous ont fini par l’ad-