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LE DRAPEAU ROUGE

Hubert — qui doit avoir beaucoup à se plaindre du Sort, si on en juge par ses écrits — sera bien avancé !

* * *

Qu’est-ce au juste que le socialisme, dont le drapeau rouge est plus ou moins l’emblème ? Cette formule politique, conçue comme elle l’est par quelques-uns, serait-elle nécessairement incompatible avec le catholicisme ?

Il y a les socialistes collectivistes, qui nient la propriété et réclament la confiscation de tous les biens au profit de l’État. Évidemment, ceux-là sont en contradiction avec l’enseignement de l’Église, bien plus, avec le bon sens, qui veut que le Ciel, en douant chaque homme d’une volonté et d’un libre arbitre, lui ait conféré le droit de s’en servir.

Il y a aussi, croyons-nous, les socialistes qui prêchent l’organisation de services d’État pour la production et la distribution de toutes les choses nécessaires à la vie, mais sans demander la suppression de l’initiative individuelle, laquelle désormais, ne pourrait plus s’exercer que pour le bien public. Ceux-là peuvent s’illusionner sur la possibilité d’une telle réforme, mais si on veut se donner la peine d’étudier la tendance économique de notre temps — concentration constante des richesses, accaparement des moyens de production, augmentation du coût de l’existence dans une mesure disproportionnée à l’augmentation des salaires — on sera bien forcé d’avouer que leur théorie a quelque chose de noblement idéaliste qui fait défaut au système actuel, basé sur l’égoïsme, la fraude et la force brutale. En tout cas, l’Église ne les condamne pas, car ils ne méconnaissent aucun principe de droit naturel ou de droit divin ; tout au plus si les « bons esprits » — ce qui revient généralement à dire les gens repus — peuvent les blâmer de croire à la perfectibilité de l’état social.