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SOUVENIRS DE PRISON

que vous n’êtes pas un client de M. Alexandre Taschereau, que vous n’avez tenté de voler ni $60,000 ni $50,000 à la Province, et que, malgré vos talents de séduction trop peu connus (avis au Sexe !), vous n’avez nullement ce qu’il faut pour gagner la Dame qui veille à la porte du procureur-général sous les traits aimablement sphinx-tériens du rond-de-cuir que nous savons (je ne le nomme pas, ne voulant pas faire de personnalités), permettez qu’au moins, à titre de frère en M. Morin, et en attendant que je raconte moi-même, dans le « Brief trayté de la Cocqueraile », quelques-uns de mes souvenirs d’incarcération, je vous indique les moyens d’obtenir cette fois, comme qui dirait, un peu de beurre sur vos épinards.

En vous lisant, mon cher Fournier, je constate que, durant une partie du moins de ma détention, j’ai eu chaque jour, de plus que vous, une chopine de lait, un œuf et une orange (le Gouverneur dira deux œufs, mais j’en appelle au jeune et sympathique escroc qu’on laissait mourir de faim et à qui je donnais l’autre). Promettez-moi seulement d’être discret — car autrement, tout le monde, Môssieu Pansereau le premier, voudra aller en prison — et je vous livre gratis le secret d’une pareille bombance.

Si vous avez soin de vous présenter chez M. Morin avec une belle entérocolite qui vous tire en moyenne un décilitre de sang par jour, le médecin (même le docteur Robitaille, dont le cœur valait mieux que l’oreille, je vous assure !) vous accordera tout à la fois le lait, l’œuf et l’orange. En vous battant du bec et des ongles avec le Gouverneur, en lui faisant entrevoir la destitution si les nationalistes arrivent au pouvoir, au bout de deux jours vous aurez le lait, de quatre jours l’œuf, et de six jours l’orange. Vous n’aurez plus ensuite qu’à vous laisser revivre ; vous lève-