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NOTRE DEVOIR LE PLUS URGENT…

Et je n’entends pas ici parler de l’école primaire. Certes, malgré toute la joie que doivent nous causer la fréquence de plus en plus grande des congrès de « commissaires », l’augmentation graduelle du traitement des institutrices à $150 par année, et quelques autres progrès d’égale importance, il y aurait de dures vérités à dire sur ce rouage de notre enseignement et l’ineptie de ceux qui le dirigent. J’ai en ce moment à l’esprit un livre de lecture adopté par presque tous nos corps enseignants pour sa prétendue supériorité et dont la bonne fortune, réalisée sous le régime du laisser-faire, est précisément un des arguments les plus chers aux adversaires de l’uniformité obligatoire des livres de classe : on y lit entre autres choses que le siège de l’industrie du fer au Canada est aux Forges du Saint-Maurice. Publié pour la première fois il y a cinquante ans, on n’y a apparemment pas changé une virgule depuis ; il a gardé jusqu’à ses coquilles typographiques. Il m’a été donné récemment de lire toutes les lettres reçues des institutrices laïques de l’école primaire par certain comité patriotique ; autant elles réconfortaient par la noblesse des sentiments, autant elles attristaient par la pauvreté invariable — oui, invariable — de la composition et de la syntaxe. Je ne crois pas que même ceux qui, pour employer le mot consacré, « font métier de dénigrer notre enseignement », aient jamais soupçonné un dénuement pareil. C’est à faire pleurer. Je souhaiterais que pour son édification personnelle un homme loyal comme mon ami Héroux, du Devoir, se donnât la peine d’examiner cette littérature. N’exagérons toutefois pas la part de l’école primaire dans la création des hautes valeurs intellectuelles par quoi se juge une civilisation. N’hésitons pas même à reconnaître que son action morale — comme il semble que le prouve à l’évidence l’état d’âme actuel de cette nation française où on disait que l’école neutre avait tué pour toujours l’idée reli-