Page:Aucassin et Nicolette, edité par Mario Roques, 1929.djvu/11

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VII
SOURCES DU RÉCIT

II. Sources du récit. — La fable d’Aucassin et Nicolette est simple. Deux tout jeunes gens s’aiment : Aucassin, fils du seigneur du pays, et Nicolette, une étrangère, une esclave sarrasine, achetée tout enfant par un vassal du seigneur, baptisée et soigneusement élevée. Les parents d’Aucassin ne peuvent accepter l’idée d’un mariage qui serait une mésalliance ; Nicolette est réduite à s’enfuir pour échapper à leur haine, et Aucassin la rejoint. Après des aventures romanesques, les deux fugitifs sont de nouveau séparés, puis finissent par se retrouver, grâce au courage et à l’habileté de Nicolette. Cependant, les parents d’Aucassin sont morts et leur fils a recueilli leur héritage, Nicolette a appris qu’elle était fille d’un roi ; il n’y a plus, pour empêcher l’union des deux amants, ni volonté paternelle, ni différence sociale : ils se marient et sont heureux.

À cette naïve histoire on a cherché des origines lointaines. Parce qu’elle ressemble à celle de Floire et Blancheflor, roman auquel on attribue une origine byzantine ou arabe, ou byzantine par un intermédiaire arabe, on a voulu qu’Aucassin et Nicolette fût aussi byzantin ou arabe ou tous les deux à la fois[1]. On a noté que l’action d’Aucassin et Nicolette se passe en Provence, porte ouverte sur l’Orient, et en Espagne, terre des Sarrasins[2], que le nom d’Aucassin est peut-être le même que celui d’un roi maure[3], que le mélange du récit et de morceaux lyriques est familier à la littérature arabe, et eucore que l’histoire romanesque de Nicolette est

    (ou fabler), soit une simple redondance, qui serait ici bien singulière et dont surtout le maintien devant les vingt morceaux en prose apparaîtrait comme une bizarre fantaisie : dans cette formule chaque verbe a son sens, dire s’opposant à chanter et indiquant que le morceau qui suit est parlé, conter et fabloier s’appliquant aux deux aspects du « parlé », le récit et la conversation. Pour une autre interprétation des trois verbes, voir W. Meyer-Lübke, 518.

  1. Sur les rapports d’Aucassin et Nicolette et de Floire et Blancheflor, voir O. M. Johnston, 125 sq. M. W. Suchier a longuement examiné la question des origines orientales d’Aucassin et Nicolette dans l’introduction à la 9e édition Suchier, p. xxiv–xxxiii.
  2. Cf. notamment l’introduction de Bourdillon à ses éditions.
  3. Voir Index des noms propres, s. v. Aucassin.