Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/102

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sourd. Et tout en suivant des yeux deux silhouettes qui s’effacent beaucoup trop vite dans la nuit, je dis avec une grande pitié sur moi-même :

— Pauvre Annette ! Voilà ton bonheur qui s’en va.


J’essayais de me rapprocher d’Angèle afin de prier comme elle. Quoique nous habitions la même maison, elle et son mari étaient aussi distants de moi que s’ils eussent habité un autre village. Leur vie était réglée heure par heure, et rien, ni personne ne pouvait les obliger à y changer quoi que ce soit.

Firmin admirait leur entente et disait :

— Ces deux-là sont unis comme les doigts de la main.

Angèle n’avait aucun soupçon de ma peine. Elle crut seulement, que ne voulant pas me marier je cherchais une compensation dans la prière :

— Parle à Dieu, il t’entendra, me dit-elle.

Dieu ne m’entendit pas, sans doute parce que je ne savais pas lui parler.

Je demandais alors à Angèle :

— Comment faire pour avoir la foi ?

De ce ton placide qui lui était particulier elle répondit :

— Cherche en ton âme et tu la découvriras.

Ardemment je cherchai en mon âme, mais je n’y rencontrai que mon amour pour Valère Chatellier.

Dans l’espoir que le recueillement me serait plus facile j’allais à la messe. C’était comme un monde nouveau que je trouvais là, et je me sentais