Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/103

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bien, dans la fraîcheur de l’église et la douceur des chants. Mais je m’en lassai vite, la messe était trop longue, l’odeur de l’encens me donnait des vertiges, et la foi qui s’était approchée un instant, s’éloignait comme effrayée de moi-même.

De retour au moulin, tandis que je refoulais un amour plein de trouble, Angèle, sous l’impression de la sainte communion chantait de sa voix inégale et sans timbre :

Mon cœur se tait et mon âme est tranquille,
La paix du ciel habite dans ces lieux.


L’hiver m’apporta un engourdissement que je pris pour la guérison. La compagnie presque constante d’oncle meunier, sa bonne humeur et sa tendresse toujours en éveil me firent retrouver ma santé en même temps que ma gaieté.

Pour effacer les moments pénibles, j’avais aussi de loin en loin la compagnie du vieux poète, ainsi que l’appelait oncle meunier. C’était un très vieux chemineau qui ne s’arrêtait jamais plus d’un jour au moulin, mais qui laissait après lui des souvenirs si merveilleux que j’attendais sa venue comme une récompense à mon travail et à mon effort contre l’amour.

Il plaisait à tous ici, et Manine disait de lui :

« Il a bien plus d’histoires que de pain dans sa besace. »

C’était vrai, il savait des histoires sur les bêtes et sur les plantes. Il en savait sur la forêt et sur le lac, sur la pluie, le vent et le soleil. Et sa voix que je ne pouvais comparer à aucune autre, était