Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/124

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Il laissa passer un silence avant de répondre :

— C’est peut-être ainsi que c’est bien puisque nous ne pouvons faire autrement.

Il se leva et tout en marchant il me rendait justice.

— Crois-tu donc que je ne voyais pas la lutte que tu soutenais ? Elle vaincra, me disais-je. Et j’étais fier comme si ce fût moi le vainqueur.

Il mit sur mes tempes le tendre baiser auquel j’étais accoutumée, et il dit encore :

— À l’âge où les jeunes filles rêvent d’amour joli tu ne pensais, toi, qu’à travailler pour assurer l’existence des enfants des autres, et ainsi que tu as connu la peine des mères avant d’être femme, la passion t’a surprise avant l’amour.

Il serra plus fort mon bras sous le sien :

— Aie confiance en ton amour Annette, Valère a une âme toute pareille à la tienne.

Le jour baissait à notre retour. En sortant d’un chemin creux, le soleil rouge et terne nous apparut comme une grosse boule venue d’en haut et qui roulait lentement au revers du coteau.

Oncle meunier retrouva toute sa gaieté pour me dire :

— Tu vois, Annette, tout tombe, au ciel comme sur la terre.

À partir de ce moment les rires ne s’arrêtèrent plus entre nous. Et derrière le moulin, alors que nous étions seuls encore, il m’arrêta :

— Puisque tu pars, emporte au moins quelques conseils de ton vieil oncle.

Et, la tête inclinée drôlement, les yeux clos et