Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/133

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voit qu’il lui faudra céder encore. Ce n’est pas qu’elle manque de confiance dans le savoir de Clémence ni dans son propre courage, mais elle craint l’air vicié de la grande ville pour Reine qui reste délicate. Et puis, dit-elle, la beauté de Clémence devient réellement inquiétante.

Reine qui profite toujours des lettres de sa mère pour me raconter ses petites peines et ses grandes joies, me charge cette fois, à l’occasion de Noël proche, de faire parvenir un billet ainsi adressé :

À Monsieur père Noël

rue du Petit Jésus

au Ciel.

Bien au milieu de la page de beau papier fin, elle a écrit :

« Monsieur père Noël, avant, quand j’étais pas sage c’était pour de rire, mais depuis qu’Annette est partie je suis sage pour de bon. Je vous demande Paris pour les étrennes de Clémence, et moi je voudrais une poupée boiteuse, comme Annette.

« Je vous remercie bien Monsieur père Noël.

« Reine. »


Sur du papier très ordinaire, et d’une écriture peu appliquée Reine me dit ensuite :

« Ils sont drôles ici, ils croient que ma lettre au père Noël n’arrivera pas. Clémence se moque de moi, mais maman dit qu’autrefois c’était