Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/162

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une pelouse épaisse et verte ; il a un tronc rugueux et plus déchiré que l’habit d’un mendiant. On ne sait pas comment il tient à la terre car ses racines bossues et tordues paraissent être toutes dehors.

Ces racines, presque aussi grosses que des arbres ordinaires, forment entre elles des cavernes profondes où logent des rats, des loirs et beaucoup de bêtes rampantes.

Lorsque je suis lasse de sarcler et d’arroser, je viens me reposer auprès du vieil arbre comme auprès d’un ami paisible et sage ; son ombre fraîche efface le feu de mes joues et le bruissement continu de son feuillage est comme une musique très douce qui détend mes membres et apaise les durs battements de mon cœur.

Mon immobilité engage les habitants de l’olivier à sortir de leurs cavernes. Certains, en m’apercevant, bondissent et disparaissent au loin, mais j’y ai des amis. C’est d’abord une fine couleuvre qui s’avance avec une extrême lenteur en agitant sa langue fourchue comme pour me montrer qu’elle possède une arme. C’est ensuite un beau lézard mordoré dont la gorge palpite de crainte et qui a l’air d’implorer la permission de s’étendre au soleil ; et enfin, une petite salamandre, à peine longue d’un doigt, et qui avance prudemment à la façon des chats. Ces petites bêtes choisissent un endroit où le soleil passe à travers les branches, et d’où il leur sera facile de rentrer chez elles en cas de danger. Le danger pour l’instant, c’est moi, et au moindre de mes mouvements les trois frémissent et s’apprêtent à fuir. Je leur parle alors sans remuer, et leur confiance renaît.