Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/169

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XII


Plusieurs jours se sont écoulés depuis la Pentecôte et Valère n’est pas encore de retour auprès de moi.

J’ai repris mon attente dans la tour, mais ce soir, lasse de guetter, je me suis installée à la petite table de Firmin pour écrire à ceux qui sont loin. J’ai tant de choses à leur dire. Cependant mon oreille ne perd aucun bruit du dehors.

Jusqu’à une heure avancée les automobiles passent sur la route. Et tout à coup j’entends l’une d’elles ralentir et s’arrêter à quelques mètres de notre maison. Tout de suite debout, et penchée à la fenêtre, je vois le chauffeur sauter de son siège et prendre à bras le corps un homme qu’il fait sortir de la voiture. Cet homme c’est Valère, je le devine plus que je ne le vois. Un grand froid me pénètre ; Valère est blessé peut-être ? non, il repousse le chauffeur et veut remonter ; mais une femme s’encadre dans la portière et dit d’une voix pointue :

— Jetez-le devant sa porte.

Les deux hommes luttent. Le chauffeur n’est