Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/187

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XIV


La sage-femme haussa le petit dans la lumière et dit :

— C’est un beau garçon, mais grand Dieu qu’il est maigre.

Et sévèrement elle me demanda :

— Vous n’avez donc pas mangé à votre faim pendant votre grossesse ?

C’était vrai, je n’avais pas toujours mangé à ma faim, et la pensée que mon enfant était maigre par ma faute me fut si pénible que je ne pus retenir mes larmes.

La sage-femme s’adoucit :

— Allons, ne vous tracassez pas, vous allez y remédier ici, et, tournée comme vous l’êtes, vous ne manquerez pas de lait pour nourrir ce petit homme-là.

Oh ! non, il ne fallait pas que je manque de lait ! Je n’avais pas manqué de courage pour élever les enfants de mes parents, pourquoi manquerais-je de lait pour nourrir le mien ?

Je m’aperçus très vite que je n’aurais aucun souci de ce côté-là et ma joie fut grande. Cette joie