Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/192

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Et doucement, très doucement, elle a remis l’enfant dans son berceau.

Chaque nuit, maintenant, j’ai mon petit au long de moi pendant un moment. L’infirmière me le donne d’elle-même :

— Tenez, pauvre femme, gardez-le là pendant que je vais le faire boire.

Et tandis que le biberon se vide goutte à goutte entre les petites lèvres avides, je lisse un front tiède et doux plus grand à lui seul que tout le reste du visage.

Mais voici ma fièvre qui revient. Elle revient sournoisement et se glisse d’abord en léger frisson autour de mes épaules, puis elle s’enhardit, gagne les flancs et enveloppe tout mon corps d’une couverture de glace ; je sais que cette couverture de glace deviendra tout à l’heure un brasier dont les charbons ardents se poseront au creux de mes mains et sur ma tête, et qu’ils auront tôt fait de consumer ce qui me reste de forces et de pensée.


Ce matin, à l’appel des quatre boules d’or, ma fièvre s’est enfuie comme à l’ordinaire ; je me suis dressée en réclamant mon petit, mais l’infirmière m’a dit :

— Voyez ! il dort, et cela lui arrive si rarement qu’il vaut mieux ne pas le réveiller.

Et tout en s’asseyant auprès du berceau, elle mit négligemment le biberon dans la poche de son tablier.

Ce sommeil de mon enfant me donne un grand calme. Ce calme paraît s’étendre aux choses, car de près comme de loin on n’entend aucun bruit.