Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/194

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Des boules d’or viennent encore de se heurter, mais je n’ai pas pu les compter, les guêpes font trop de bruit. Et puis j’ai la certitude que quelqu’un est entré dans la pièce ; pourtant je ne vois personne, et l’infirmière dort toujours auprès du berceau. Qu’est-ce donc, alors que cette ombre qui rôde le long des murs ? Et voilà qu’à tant regarder, je vois deux ailes se mouvoir, deux grandes ailes blanches qui s’élèvent lentement, d’autres les suivent, et les voici devenues si nombreuses que la chambre ne peut plus les contenir. Grandes ouvertes, elles planent, s’entrecroisent, se heurtent et se gênent. Mon lit, à leur exemple, se soulève des quatre pieds et se balance dans le vide.

Tout autour de moi, le frottement trop serré des plumes devient une sorte de plainte. Une plainte douce, tremblotante et fine comme la plainte d’un tout petit oiseau tombé du nid.

Mais pourquoi l’infirmière n’ouvre-t-elle pas la fenêtre ?

Ah ! si, elle l’ouvre enfin et voilà les ailes parties. Deux sont restées, les deux premières que je n’ai pas perdues de vue un seul instant. Elles s’abaissent, se posent sur mon lit et le ramènent à terre. Je m’enfonce sous leurs plumes claires, j’y suis bien et je voudrais pouvoir y dormir, mais chaque fois que je ferme les yeux un doigt dur frappe sur mes paupières, et une voix forte crie dans mon oreille :

— Éveillez-vous ! éveillez-vous !

J’obéis, et me voici sur une route qui mène au moulin. Cette route est longue et si droite que j’en vois l’extrémité disparaître à l’horizon. Je marche