Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/197

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XV


Manine a cédé au désir de Clémence. En décembre dernier, peu après ma sortie de l’hôpital, elle est arrivée ici avec ses deux filles et tout son mobilier. Elle a choisi, à mon intention, un logement ayant une pièce indépendante, et nous vivons comme autrefois, très près l’une de l’autre tout en étant chacune chez soi.

Firmin vient toujours le dimanche mais cela ne durera pas longtemps : le deuil de sa fiancée prend fin et les deux jeunes gens préparent déjà leur mariage.

Dans ce petit logement où Manine me comble d’attentions, entre Reine si affectueuse et Firmin parlant si gaîment de son bonheur prochain, il m’arrive d’oublier que le malheur s’est approché de moi jusqu’à l’extrême.

L’autre jour, dans la poche de mon manteau j’ai retrouvé deux grains de genièvre que Valère y avait mis pendant une de nos promenades. Je les ai jetés au vent, sans regret ni rancune. La peine qui m’est venue de l’enfant a défait mon amour pour le père. Lorsque je pense à Valère