Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/239

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cette maison qui fut la sienne, sa voix me manque et, pour l’entendre, je relis certaines lettres que je porte sur moi comme des reliques. La voix de Firmin me parait sortir du papier ; elle s’élève en claironnant ou s’abaisse en confidence et toujours j’y retrouve ce léger tremblement de tendresse qui surprenait et inspirait confiance. Pour l’instant on dirait que la voix de Firmin se mêle à celle du jeune capitaine qui tourne avec Rose et les petits en chantant gaîment :

Joli mois de Mai
Joli mois des filles…

Mon séjour ici s’achève. Demain je serai à Paris où je retrouverai vide une fois encore le logement de Manine. Reine est malade et, pour la guérir, sa mère l’a conduite à la montagne où l’air est pur.

Nicole dont la santé donne les mêmes inquiétudes est allée les rejoindre entraînant avec elle Mme Lapierre qui m’écrit : « À vous Annette qui gardez un espoir, je prête ma maison. Cette maison que je ne quitte pas sans regrets, dans laquelle j’ai élevé mon fils avec amour et où j’aurais tant aimé le voir vivre. »


Dans le logement de Manine, qui était comme une auberge où chacun allait et venait à sa guise, le silence s’est fait. Un silence lourd et plein d’ombre malgré le bruit de la rue et la lumière du soleil passant à travers les fenêtres fermées. Dans ce logement où tant de voix ont gémi et imploré, je fais mes pas légers comme si je craignais d’éveil-