Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/247

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Pour tâcher de retrouver mon courage, je décide d’aller passer tout un dimanche au moulin, dans la maison de Mme Lapierre. Le trajet est court, à peine trois heures de chemin de fer. Je partirai par le premier train et je prendrai le dernier pour le retour.

Là-bas, à défaut de Nicole et du gros Ni-Jean, je verrais les deux enfants d’Angèle que je ne connais pas.

« Oh ! revoir les traits de Firmin ou ceux de Nicolas dans les mignons visages des deux petits ! »

À mon arrivée, le soleil du frais matin traverse de toutes parts le brouillard léger qui couvre la campagne. J’évite de passer par le village et je m’engage dans la venelle qui longe le jardin de Mme Lapierre. Ce jardin qui va être le mien tout le jour et dans lequel je pourrai cueillir des fruits tout à mon aise. Je m’appuie à la palissade où grimpent les plantes les plus diverses et où des fleurs délicates et fines se cachent entre les pieux. Des abeilles mal réveillées cherchent les ronces et trébuchent sur les mûres noires et pleines de sucre.

Tout à côté de moi, sur l’un des pieux un papillon jaune étend ses ailes au soleil pour en faire sécher la rosée qui l’alourdit. Après plusieurs essais il s’envole enfin dans le jardin où il va se poser sur un arbre à fruits. Je le reconnais cet arbre : c’est un pêcher ; celui-là même qu’il fallait toujours étayer ; les étais lui manquent cette année et ses branches privées de soutien plient sous le poids des fruits et touchent terre.

Rien n’est changé dans le jardin. Voici le bassin