Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/248

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dans lequel Nicole est tombée un jour, entraînant Nicolas et Jean Lapierre. Voici le berceau de chèvrefeuille où les enfants restaient si sages pendant les heures de grande chaleur ; et l’escarpolette, sur laquelle Clémence se balançait fièrement debout, se moquant toujours de Reine qui s’y asseyait peureusement.

La maison avec ses volets clos a l’air de bouder derrière la rangée de pommiers et de hauts cerisiers.

Je m’attarde dans la venelle où le soleil pénètre en plein et éclaire les moindres fleurettes. Avec la chaleur, les abeilles ont retrouvé toute leur vigueur, et dans le roncier, elles s’activent, tournent et bruissent.

Un homme, venant du village, s’avance dans le chemin. Il me reconnaît, mais il est obligé de se nommer pour que je le reconnaisse lui-même tant les années de guerre l’ont marqué de vieillesse. Il ne s’étonne pas de me voir là. Il semble que rien ne pourra l’étonner désormais et il s’informe de ma santé du jour comme s’il m’avait déjà rencontrée la veille.

Il me parle des travaux de la campagne car il se souvient que je m’y entendais parfaitement autrefois. Il me parle de tante Rude qui a vendu le moulin pour s’en aller vivre auprès de sa très vieille mère. Il me parle de mes frères dont le nom est inscrit en lettres d’or sur une haute colonne blanche comme sur un trône de gloire, parmi d’autres noms tout en or. Et tout à coup il dit :

— Le camarade de Firmin a échappé, lui ;