Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/86

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Après une forte journée de fenaison, comme je me reposais sur l’avancée du mur de la grange d’où l’on découvrait au loin la campagne ainsi qu’un large pan de ciel, oncle meunier vint s’asseoir à côté de moi pour fumer sa pipe.

Je ne parlais pas, tout occupée à regarder deux gros nuages de forme étrange qui cherchaient à se joindre comme pour former une montagne plus étrange encore. Oncle meunier ne parlait pas non plus, et je m’aperçus bientôt qu’il ôtait et remettait sa pipe comme lorsqu’il avait une idée en tête.

Autour de nous c’était presque le silence. Seule Manine mêlait sa voix harmonieuse et lente au vent doux qui se levait à l’approche du soir ; un peu en arrière de nous elle endormait son nourrisson en chantant :

Allez Marthe
Allez-y
Et dites-lui…

Inquiète soudain de l’absence des enfants, j’allais me mettre à leur recherche quand oncle meunier me retint par ma robe :

— Attends un peu Annette !

Et tout en cognant sa pipe contre une racine de genêt il me dit sans se presser :

— J’ai reçu pour toi une demande en mariage.

Croyant à une plaisanterie je me mis à rire.

Oncle meunier rit aussi, et me regardant avec malice, il reprit :

— Tu sais de qui, n’est-ce pas ?

Et tirant plus fort sur ma robe il m’obligea de me rasseoir sur les pierres rugueuses.