Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/98

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Oncle meunier ne prenait pas non plus au sérieux les palpitations de cœur qui me pâlissaient soudain et me faisaient presque défaillir. Dans ces moments-là il désignait du doigt mon cœur et me disait en riant :

— Prends garde qu’il ne soit pas d’accord avec toi contre le mariage.

Pourtant, ce matin, comme je m’affaissais manquant de souffle, il est venu à mon secours et m’a demandé avec intérêt :

— Où as-tu mal ?

Je ne savais pas ; je souffrais de partout, et je répondis en essayant de rire :

— Je crois que c’est dans l’âme que ça me fait mal.

Oncle meunier ne rit pas comme je m’y attendais :

Il se rapprocha en baissant la voix :

— Pourquoi refuser le mariage ? Valère Chatellier a une âme aussi, n’y as-tu pas songé ?

Non, je n’y avais pas songé, je ne songeais qu’à la bouche de Valère Chatellier, et de l’évoquer en ce moment me fut si désagréable, que je m’essuyai rudement les lèvres du revers de la main.

— Oh ! fit oncle meunier.

Et il me quitta sans attendre ma réponse.

Parce que ma faiblesse augmentait et que mon teint devenait jaune, oncle meunier fit venir le médecin. C’était le même qui avait soigné Angèle, et il me connaissait bien. Il ne me trouva pas très malade ; il dit seulement en écoutant mon cœur :

— Comme il est sourd !

Il ordonna tout de même une potion. Puis, tout