Page:Augier - Théatre complet, tome 4.djvu/124

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refusé à ses besoins, à ses caprices même ! J’ai usé mes jours à lui créer une aisance honorable ! Mes forces, mon temps, ma vie, je lui ai tout donné, et je n’ai recueilli, associé à mon nom qu’une fille perdue !…


Séraphine.

C’est rompu, je vous jure.


Pommeau.

Elle ne me comprend seulement pas !… Crois-tu que ce soit un vieillard jaloux qui te parle !… Si encore tu t’étais donnée, mon âge te serait une excuse, peut-être… Qui défraie ton luxe, dis ? Car, chose horrible, j’en suis à ne plus compter avec la chute, tant la faute disparaît devant l’énormité de la honte ! Tu n’es pas même la femme adultère, tu es la courtisane ; ce que tu as fait de moi, ce n’est pas un mari trompé, c’est le mari d’une femme entretenue, le complice de ses ignominies, le recéleur !… Je ne suis pas ridicule, je suis déshonoré ! (Séraphine se dirige vers la porte.) Où vas-tu ?


Séraphine, résolument.

Je m’en vais.


Pommeau, la prenant par le bras.

Pour traîner mon nom dans les ruisseaux ? Non pas ! je te garde ! Et puis, j’ai charge d’âme… Je n’ai pas le droit de fermer la porte à ton repentir possible… de te refuser le droit d’expier. — Son nom ?


Séraphine.

Vous ne le savez pas ?


Pommeau.

Serais-je encore là, si je le savais ! Son nom ?


Séraphine, près de parler.

Vous le voulez ? (Après réflexion.) Pourquoi ?