Page:Augier - Théatre complet, tome 4.djvu/129

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Léon.

Traite-moi comme le dernier des hommes, tu as raison. Oui, tu me soulages en me parlant ainsi ! J’éprouve je ne sais quel allégement à m’entendre dire enfin tout haut ce que depuis si longtemps je me disais tout bas. (Mouvement de Thérèse.) Rassure-toi, je ne t’apporte pas les restes d’un cœur souillé par une autre. J’ai pu déchoir jusqu’à elle, mais remonter jusqu’à toi, je ne l’espère plus. Si tu veux que je m’éloigne, je partirai ; que je reste, je resterai : ton souvenir ou ta présence sera mon châtiment, et l’avouerai-je ? il me semble doux auprès du supplice avilissant que j’endurais.


Thérèse.

Vous l’aimiez, pourtant !


Léon.

Moi ! Si c’est de mon cœur que tu es jalouse, tu n’as pas à l’être.


Thérèse.

Je ne le suis plus ! J’ai l’orgueil de ce que je vaux. Aussi, n’est-ce pas, croyez-le bien, une sotte revendication de mes droits d’épouse que je poursuis ; mais ici l’outrage est double, et ce qui m’en révolte n’est pas ce qui m’en touche. Puisse le ciel aveugler jusqu’au bout le plus excellent… aujourd’hui le plus à plaindre des hommes !… car, le moment venu, entre lui et un autre je n’hésiterais pas.


Léon.

Prends garde que la reconnaissance ne t’emporte au delà de tes devoirs !


Thérèse.

C’est bien à vous, vraiment, d’en tracer la limite.